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PRAGMATISME ACTU

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Débat sur le phénomène du «harcèlement sexuel» sur l'ORTB: le sociologue et journaliste Joël TCHOGBÉ invite à une lecture pointue de ce «fait social total»

Débat sur le phénomène du «harcèlement sexuel» sur l'ORTB: le sociologue et journaliste Joël TCHOGBÉ invite à une lecture pointue de ce «fait social total»
Débat sur le phénomène du «harcèlement sexuel» sur l'ORTB: le sociologue et journaliste Joël TCHOGBÉ invite à une lecture pointue de ce «fait social total»
Débat sur le phénomène du «harcèlement sexuel» sur l'ORTB: le sociologue et journaliste Joël TCHOGBÉ invite à une lecture pointue de ce «fait social total»

 

L'émission 5/7 Matin de la télévision nationale a reçu ce jeudi 30 septembre 2021, un trio d'invités avertis pour décortiquer le phénomène du «harcèlement sexuel». Il s'agissait de Maître Huguette BOKPÈ GNACADJA Avocate et Secrétaire Exécutive de l'Institut National de la Femme (INF), Pascaline BABADANKPODJI Coordonnatrice de l'observatoire genre de l'Université d'Abomey-Calavi, et Joël TCHOGBÉ Sociologue et journaliste. Sur ce plateau très technique, Joël TCHOGBÉ a partagé avec les téléspectateurs une lecture froide, au-delà des critiques ou approbations primaires, mais huilée dans la science autour du phénomène du «harcèlement sexuel».

Lire ci-dessous la quintessence de ses interventions au cours de l'émission :

 

Ce débat motivé par la réforme gouvernementale sur les infractions commises en raison du genre et la recrudescence des cas de harcèlement sexuel en milieu éducatif, a permis de lever le flou autour de ce « fait social total » qui ne peut, dans l'absolu, être traité par la norme du droit. 

 

Les idées-forces de mon intervention.

- Le harcèlement sexuel s'inscrit dans le continuum des relations sexualisées en société ( division du travail, bulle de discriminations, les inégalités sociales, la fragilité économique, etc) ; 

- Il s'agit d'un phénomène complexe qui met sur scène des acteurs dotés de rationalités; lesquelles sont investies dans les relations interpersonnelles pour capter des intérêts multivariés;

- Le plaisir sexuel est à la fois intérêts, jeux et enjeux au cœur du harcèlement sexuel.

- La faveur sexuelle n'est pas le seul intérêt recherché par l'auteur du harcèlement sexuel. Le plaisir sexuel peut être monnayé comme il peut servir de couloir vers d'autres intérêts non exprimés par l'auteur du harcèlement sexuel 

- Le harcèlement sexuel n'est pas à confondre avec les nouvelles formes de scarification identitaire ( mimétisme des pratiques sexuelles exogènes non repérables dans l'ADN culturel africain)

- Parce qu'il repose sur des ressorts mouvants, le harcèlement sexuel doit s'analyser comme le produit d'interactions humaines complexes structurées par des cultures ou sous-cultures entendues comme des codes, valeurs et savoirs que l'on acquiert dans un processus de socialisation. Celle-ci fait intervenir des cadres socialisateurs que sont : familles, écoles, groupes de pairs, Églises, diverses associations, etc. 

- L'homme ou la femme se détermine en fonction des valeurs reçues et se forge une perception de son monde social et des sujets qui y sont présents. 

- Ce qui est décrit comme harcèlement sexuel aux yeux de la loi peut ne pas l'être dans certains espaces sociaux ; il peut être réprouvé ou toléré dans d'autres sous-espaces socioculturels; 

- La vertu et le vice ne peuvent être cernés indépendamment du contexte

- Le caractère incisif (répétés) utilisé dans la loi comme un indicateur du harcèlement sexuel peut avoir plusieurs facettes

- Selon les époques, les temps, et les espaces où se nouent et se dénouent des rapports sociaux, le phénomène du harcèlement sexuel a toujours existé dans nos sociétés. Seulement, il s'est exprimé sous plusieurs formes 

- Les normes juridiques seules ne suffiront pas pour faire reculer les frontières du phénomène du harcèlement sexuel.

- En dépit de la fonction dissuasive et répressive qu'elles ont, les lois, à elles seules, n'ont jamais réussi à altérer les comportements humains bâtis par habitus.   

- Le « harcèlement sexuel » est un mot-valise. Il faut déconstruire le concept en tant que fait social et chercher à savoir quelles sont ses significations aux yeux des communautés. Comment les acteurs eux-mêmes perçoivent le phénomène ? Le harcèlement sexuel tel que décrit dans la loi, est-il réellement un problème pour tous ? Et dans quelles conditions? 

- Ce regard réflexif qui présidera le processus d'identification des facteurs à la base de la persistance du phénomène, permettra de recourir aux techniques IEC/CCC pour produire, à terme, le changement souhaité. 

- Le changement des comportements humains n'est jamais un phénomène spontané. Il se construit sur le temps. 

- Il n'y a aucune hypothèse ni aucune variable générale à formuler pour expliquer de façon classique le phénomène du harcèlement sexuel,

- Chaque cas de harcèlement sexuel ressorti mérite des interrogations sur le profil sociologique des acteurs en présence, un récit de vie et les trajectoires sociales empruntées par chacun d'eux;

- Enfin, dans le milieu éducatif, il serait superflu de penser que les rapports entre enseignant-apprenant ne peuvent qu'être une relation entre '' Émetteur- récepteur''. Les rapports sociaux submergent ce type de communication primaire avec des acteurs passifs n'ayant aucune rationalité à faire valoir. 

- L'enseignant serait alors l'émetteur et l'apprenant le récepteur. Ceci paraît très improbable. 

- L'école, le collège, l'Université ou les centres d'apprentissage sont des espaces qui mobilisent des relations protéiformes. 

- La dimension normative présuppose une vision idyllique de l'enseignant. Cette approche prévoit ce que l'on attend de l'enseignant. Ce qu'il devrait faire. Cette approche l'enferme dans un rôle précis. Mais en contexte réel, les digues posées autour de ce rôle se révèlent fragiles au gré des besoins partagés entre enseignants et apprenants. 

- Si la norme dominante suppose que l'enseignant ne peut qu'avoir des relations de « je te transmets le savoir et toi tu te contente de le recevoir », il ne faut pas perdre de vue qu'il y a, à la périphérie de ce type de relation, d'autres types de relations qui se nouent et se dénouent et qui peuvent influencer négativement ou positivement les performances scolaires. 

L'enseignant, un éducateur? Oui. Incarne-t-il pratiquement, l'autorité parentale ? Oui. Doit-il transmettre à l'apprenant, le savoir, le savoir-faire et le savoir-être ? Oui.

- Comment peut-il assurer efficacement ces trois missions s'il s'accroche à un simple rôle de '' Transmetteur''?  

- Le savoir-être suppose un brassage symbolique des attitudes, des valeurs... qui est rendu possible avec une certaine complicité. À l'image du parent absent et peu attentionné qui n'a aucune chance de façonner son enfant à son image, l'enseignant '' émetteur'' a moins de chance de réussir sa mission qu'est de faire de l'apprenant un homme social assumé. 

- Quid des frontières entre relations affectives ( qui aident certains apprenants introvertis à éclore leur potentiel) et le harcèlement sexuel ?

- Mais le risque d'un glissement du lien affectif au harcelèment sexuel est non moins négligeable. 

- Dans tous les cas de figure, les candidats au harcèlement sexuel doivent avoir de la retenue. Le cadre législatif sera moins clément. 

 

 Bonne réflexion !

Joël TCHOGBÉ, Sociologue, Journaliste.

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